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GROS PLAN LES VIOLS SUR MINEURES : UN MAL ENDEMIQUE DANS LE DEPARTEMENT DE LA TANDJILE CENTRE

25 mars 2016

LES VIOLS SUR MINEURES : UN MAL ENDEMIQUE DANS LE DEPARTEMENT DE LA TANDJILE CENTRE

En début de l'année 2016, le Commandant Adjoint de brigade de Béré, chef-lieu du département de la Tandjilé Centre au Sud du Tchad a violé une fille mineure âgée de 13 ans. L'information a été révélée par le Préfet en personne sur les ondes d'une station de radio privée suscitant la réaction de la hiérarchie qui a relevé l'auteur du viol de ses fonctions et l'a mis à la disposition de la Direction de la Gendarmerie Nationale à N'Djamena. De fait et d'une manière globale, la région de la Tandjilé constitue avec celles du Mandoul et du Ouaddaï, l'une des régions du Tchad où l'on comptabilise le plus de cas de viols en particulier et de violences basées sur le genre en général, selon une étude réalisée en 2014 par le Ministère de la Famille, de la Solidarité Nationale et de la Protection de la Petite Enfance. En effet, les viols sur les filles mineures, le mariage des enfants et les mutilations génitales sont les formes les plus courantes de violences basées sur le genre pratiquées dans ces régions. De janvier à mars 2016, l'on a enregistré 12 cas avérés formels de de viols sur mineures à Béré et les localités environnantes. Des témoignages de la victime et de quelques parties prenantes impliquées dans la gestion du phénomène.

« J'ai 13 ans. Je ne fréquente pas l'école, je vis chez un oncle. Une fois, j'étais allée chez  une tenancière de maquis de Béré. Cette dernière m'a retenu pour lui faire des travaux ménagers. Elle m'a rassuré qu'elle m'offrira tout ce que je désire à condition que je fasse tout ce qu'elle me demande.
Un jour, le Commandant de Brigade est venu prendre une bière dans ce maquis. Dès qu'il est assis, ses yeux sont braqués sur moi. Ensuite, il est parti dire à la tenancière du maquis que ta fille (Moi) est belle est que je me marie à elle.
Par la suite, il m'en a parlé, mais moi j'avais refusé. Il m'a appelé et m'a offert une bière. Je lui ai fait savoir que je ne bois pas la bière. C'est ainsi la ténancière a insisté à ce que je parte lui tenir compagnie. J'ai accepté aussitôt. C'est dans cette logique qu'il m'a offert un coca et j'avais refusé encore, et je me suis levée.

Le lendemain, il s'est pointé pour me dire que la veille, je l'avais dupé en buvant sa boisson sans le suivre. Je lui fais savoir que je ne te connais pas et comment ça fait-il que je boive ta boisson ?

Ensuite, il est reparti vers la tenancière du maquis. Ils causaient dans une langue qui m'est étrangère. C'est ainsi que dans la nuit, il m'a remis de l'argent pour que je parte lui acheter du poisson. J'ai accepté. En allant faire sa commission, le Commandant de Brigade me suivait à moto sans que je ne le sache. Il était minuit (00H). Il m'a intimidé de monter sur la moto et j'ai refusé. Il m'a menacé de me faire tomber si toutefois je résiste. Comme il faisait tard, je n'ai pas eu le choix, et je suis monté sur la moto, croyant qu'il m'amène chez la tenancière. Grande fut ma surprise, il m'a directement amené chez lui. Sur la route, je pleurais, je criais au secours et personne n'est venu me sauver. Tout le monde disait que c'est le Commandant de Brigade, donc on ne peut rien faire. Tout le monde craint les représailles. 
Une fois chez lui, je lui ai demandé pourquoi il m'a fait venir chez lui ? A cette question, il ne répondait pas. Il commence à se déshabiller. Il m'a forcé à enlever mes habits et il s'est jeté sur moi en me faisant l'amour avec force.
C'est ainsi que dans la même nuit, j'étais tellement souffrante. En me voyant souffrir, il m'a pris sur sa moto et m'a amené chez le Médecin Chef District (MCD). Le MCD m'a injecté un produit que j'ignore le nom. Le MCD l'a demandé qu'est-ce-qui est arrivé à la fille ? Et le Commandant de Brigade de répondre, que j'ai le palu. 
Le Commandant de Brigade m'a ensuite amené chez la tenancière du maquis. Une fois chez la tenancière, il l'a appelée et elle est venue ouvrir la porte. Ils ont causé longtemps. Ensuite, la tenancière m'a dit de rentrer au maquis (C'est au maquis que je dors depuis qu'elle m'a employé). J'y suis allé sans broncher mot. Arrivée au maquis, je me suis mise à pleurer toute la nuit.
Le matin, la tenancière est venue voir son maquis. Elle m'a vu dans un état un peu critique. Elle m'a dit de faire bouillir de l'eau salée et me laver avec. C'est ce que j'ai fait. Et le lendemain aussi.
Au troisième jour, la tenancière a constaté que je ne mangeais pas et que j'étais tellement souffrante, elle m'a dit d'aller chercher ma famille, sinon il m'arrivera un problème. C'est ainsi que j'ai pris mes effets pour regagner ma famille. 
Au premier de mon arrivée, je n'ai rien dit à ma famille. Au troisième jour et compte tenu de la pression mise par ma famille, je leur ai expliqué le problème. Mon tuteur, m'a amené au commissariat et ensuite chez le Préfet.
Après nous avoir écoutés, le Préfet nous a pris avec son véhicule et nous sommes partis au Commissariat, au Tribunal et à Lai, pour rencontrer Madame la Gouverneure. C'est ainsi que j'ai expliqué tout le problème à Madame la Gouverneure et à la Radio EFFATA.
A notre retour, le Préfet nous a payé le transport pour N'Djaména, pour rencontrer la Députée de la Région et lui ai expliqué le problème. Nous avons fait quatre (04) jours à N'Djaména.
Présentement, ma santé est fragile. J'ai trop mal aux pieds et mon vagin sort. La complice du Commandant de Brigade est la tenancière du maquis.)»