Au Tchad, dans les vastes étendues de la ceinture sahélienne, là où les défis sanitaires sont exacerbés par des conditions climatiques et socio-économiques difficiles, le projet « Survie et Développement de l’Enfant » prend racine. Financé par la KfW et mis en œuvre conjointement par l’UNFPA et l’UNICEF, ce projet appuie le Ministère de la Santé Publique dans quatre districts sanitaires : Moussoro (Barh El Gazel), Mongo (Guéra), Bokoro (Hadjer Lamis) et Mao (Kanem). Son objectif principal : réduire la mortalité maternelle, néonatale et infantile en renforçant la résilience des communautés et en améliorant l’accès à des services de santé de qualité.
Des soins et les services de la santé de reproduction accessibles pour sauver des vies
Afin d’atteindre ses objectifs, le projet a recruté, formé puis déployé des sages-femmes dans les centres de santé et les hôpitaux des districts sanitaires bénéficiaires. Des intrants de santé de la reproduction et des équipements médicaux pour les maternités sont mis à disposition dans les formations sanitaires. Quelques mois après la mise en œuvre, les résultats de ce projet sont déjà visibles dans les structures sanitaires bénéficiaires. À Bouloungou dans le district de Moussoro, Sadié Djida, jeune mère de 25 ans, raconte :
Avant, accoucher ici était une épreuve risquée. Il n’y avait pas toujours une sage-femme disponible, et les équipements manquaient. Aujourd’hui, je me sens plus en sécurité. Lors de ma dernière grossesse, j’ai été suivie de près et j’ai accouché sans complications.»
Zamzam Hissein Idriss, une jeune femme de 20 ans vivant dans le village de Barrah, incarne un bel exemple de prise de conscience et d'engagement en faveur de la planification familiale. Sensibilisée à l'importance de cette démarche grâce à une collaboration étroite avec la sage-femme de son village, Zamzam a non seulement adopté une méthode contraceptive, mais elle est également devenue une véritable ambassadrice du changement au sein de sa communauté.
Convaincue des bienfaits de la planification familiale pour la santé et le bien-être des femmes, elle a su engager le dialogue avec les membres de son entourage. Grâce à sa détermination et à son discours empreint de bienveillance et de compréhension, elle a réussi à convaincre dix femmes de son village d'adopter, à leur tour, une méthode contraceptive adaptée à leurs besoins.
Son engagement, appuyé par le soutien de la sage-femme, contribue à briser les tabous et à ouvrir la voie vers un avenir plus serein pour les femmes de sa communauté.
L’augmentation des consultations prénatales, des consultations de planification familiale et post natales ainsi que l’accès aux soins obstétricaux et néonataux d'urgence témoignent des avancées enregistrées sur ce projet.
Les héroïnes cachées sous l’ombre des blouses roses !
Les sages-femmes sont la cheville ouvrière de ce projet et jouent un rôle clé dans sa mise en œuvre. Fatimé ABAKAR ABDOULAYE, sage-femme au district sanitaire de Moussoro, partage son expérience :
Grâce aux sessions de renforcement de capacité dont j’ai bénéficié et aux équipements reçus, nous sommes mieux préparées à gérer les accouchements compliqués, les consultations postnatales et à offrir un suivi de qualité en matière de planification familiale. Le projet nous a donné les moyens d’agir rapidement pour sauver des vies. »
L’impact de ce projet se reflète dans les témoignages des bénéficiaires. Dakou Mahamat, une jeune mère de 35 ans avec cinq enfants, a récemment franchi les portes du centre pour solliciter des conseils sur la planification familiale . Touchée par l’accueil et les conseils prodigués par la sage-femme, elle s’est rapidement resolu à utiliser une methode contraceptive en témoignant en ces termes :
Grâce aux explications claires de la sage-femme Kadidja, j’ai compris l’importance de l’espacement des naissances. Cela me permettra de mieux prendre soin de mes enfants et d’avoir plus de temps pour mon mari et moi. Ce projet m’a donné les outils pour faire des choix éclairés sur ma santé reproductive. »
De son coté, Fatimé Moustapha, mère de 4 enfants declare
J’ai été sensibilisée par la sage-femme sur la planification familiale lorsque j’ai accouché ici au centre de santé il y a 4 mois. J’ai trouvé important de faire la planification familiale pour son propre bien et pour le bien être familiale”
Des responsables locaux engagés
Il paraît évident à la lecture des rapports et des indicateurs que la mise en œuvre de ce projet a permis d'améliorer la qualité de l’offre des services de la santé maternelle et infantile. Un constat formellement confirmé par Dr OUFALBA MOUNONE Hervé, Médecin Chef du district sanitaire de Mao qui témoigne que le projet a permis une nette amélioration de la prévalence contraceptive qui est passé de 8% à 12%. Selon le MCD de Mao, grâce à l’appui reçu, le nombre de consultations prénatales et postnatales a augmenté, tout comme l’accès aux services de planification familiale. Cet accompagnement a renforcé les capacités des agents de santé et permis une meilleure prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés. Ce projet devrait continuer sur une longue période, plaide Dr Hervé.
Danbé Wassou, point focal santé de la reproduction, souligne également les progrès réalisés. Il met en avant la disponibilité accrue des services de santé reproductive, le suivi rapproché des femmes enceintes et l’augmentation de l’utilisation des méthodes contraceptives. Il insiste sur le fait que ces avancées ne doivent pas s’arrêter là et il plaide également pour la prolongation du projet afin de consolider les acquis et de poursuivre l’amélioration des conditions sanitaires dans la province du Kanem.
Tous deux s’accordent à dire que les efforts déployés ont contribué à réduire les risques liés à la maternité et à améliorer les perspectives de survie des enfants.
Il faut noter que le projet prévoit une large place aux activités de sensibilisation et de mobilisation communautaire. Ce qui offre aux sages-femmes l’opportunité d’apporter un accompagnement indispensable pour une meilleure compréhension des questions sur la santé reproductive.
Leurs efforts contribuent non seulement à la réduction des risques liés aux grossesses rapprochées, mais aussi à l’autonomisation des femmes dans la gestion de leur santé reproductive.
Le projet Survie et Développement de l’Enfant montre qu’avec des moyens adaptés et une collaboration étroite entre partenaires, il est possible de transformer les réalités locales. Les résultats enregistrés dans les quatre districts sanitaires de la ceinture sahélienne donnent de l’espoir : celui de voir reculer la mortalité maternelle et infantile grâce à des services de santé plus accessibles, plus performants et plus humains.Cette initiative conjointe entre l’UNFPA, l’UNICEF et le Ministère de la Santé Publique, avec le soutien de la KFW, incarne une dynamique porteuse de changement. Pour les femmes et les enfants de la ceinture sahélienne, c’est une lueur d’espoir et la promesse d’un avenir plus sûr.La continuité du projet est jugée essentielle pour maintenir ces résultats et éviter un retour en arrière.