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Les pratiques traditionnelles néfastes sont la cause de traumatisme périnatal au Tchad

7 January 2016
Micheline Yotoudjim (à gauche), une survivante de la fistule, aide d'autres femmes qui souffrent de fistule obstétricale à suivre le traitement. Ici, on la voit assise avec une femme au Centre national de traitement de la fistule à N'Djamena au TChad. © UNFPA/Ollivier Girard

N’DJAMENA, TChad – Comme beaucoup d’enfants mariées, Micheline Yotoudjim avait trop souffert après son mariage. Elle a été mariée à 14 ans, est tombée enceinte à 16 ans, puis a connu un arrêt prolongé du travail. Elle a finalement eu son bébé par césarienne, malheureusement elle l’a perdu quatre jours plus tard. Les complications ont provoquées chez Mme Yotoudjim une fistule obstétricale - un trou dans la filière pelvienne entraînant une incontinence chronique. Cela peut aussi entraîner de nombreux problèmes, y compris les infections et la stérilité. Les femmes sont trop souvent accusées d’être responsables des conséquences de la fistule, et nombreuses sont celles qui sont marginalisées par la société, par leur famille ou leur communauté. Mme Yotoudjim ne fait pas exception;  son mari l'a abandonnée.

IIl a fallu quatre ans et cinq interventions chirurgicales pour la réparation de la fistule.

«Je fais encore des cauchemars lorsque je me rappelle qu’à l'époque je dégageais une forte odeur.» dit-elle

Les pratiques traditionnelles néfastes menacent la vie des jeunes filles

La fistule obstétricale est une tragédie inutile qui peut facilement être éradiquée avec un accès aux soins obstétricaux d'urgence. Pourtant, elle est très fréquente au Tchad, les experts sur place le confirment, parce que non seulement les femmes n’ont pas accès aux soins de santé maternelle appropriée, mais aussi parce que les pratiques traditionnelles mettent les filles en danger permanent - notamment, le mariage des enfants et la grossesse chez l’adolescente qui exposent les filles aux risques physiques avant la pleine maturité du corps.

«C’est un problème culturel, et il est difficile de changer les comportements,» a déclaré le Dr Koyalta Mahamat, directeur du Centre national de traitement des fistules, premier centre de traitement des fistules du pays, à N'Djamena, la capitale.

Le mariage des enfants et la grossesse chez l’adolescente sont fréquents au Tchad. Selon l’Enquête Démographique et de Santé de 2004 du pays, la plus récente enquête du genre révèle que l'âge moyenne du mariage chez les femmes est de 16 ans environ. Le taux de natalité chez les adolescentes du Tchad est de 203 pour 1.000 jeunes filles, selon le rapport 2015 sur l'État de la population mondiale. Par comparaison à la situation internationale, le taux de natalité chez les adolescentes est de 51 pour 1.000 filles.

Les messages sur les méfaits de ces pratiques, et sur l’importance des soins de santé maternelle appropriés sont diffusés grâce aux médias tels que la radio, la télévision et autres canaux d’informations. Malgré cela, il existe encore de nombreux obstacles au changement.

Mais des gens comme Mme Yotoudjim sont en train de changer la donne.

Un ambassadeur pour le changement

Après que Mme Yotoudjim se soit remise de la fistule, son mari a manifesté sa volonté de se réconcilier avec elle.

Elle refusa.

Au contraire, elle s’est consacrée à aider les autres femmes qui souffrait de la même maladie.

 Quatorze ans plus tard, elle est devenue un ardent défenseur des survivants de la fistule. Elle est aussi une infirmière auxiliaire, qui aide le Dr Mahamat et d’autres agents de santé qui travaillent dans la salle d'opération où les femmes sont traitées.

  «Je leur donne des conseils et leur apporte également mon soutien pour les aider à surmonter cette situation, » déclare-t- elle.

L’UNFPA soutient le centre de traitement en équipement hospitalier et en produits de santé reproductive, et subventionne chaque opération. L’UNFPA apporte également son soutient pour la formation des sages-femmes et autres agents de santé dans le cadre de son effort global visant à améliorer la santé maternelle.

Entre l'ouverture du centre en 2007 et fin 2014, environ 2.000 femmes ont reçu une intervention chirurgicale, a déclaré le Dr Mahamat.

Faciliter un retour difficile

Mais le relèvement n’est pas toujours sanctionné par un succès. Après avoir vécu des années de stigmatisation et d'isolement, les survivantes de la fistule ont souvent eu des difficultés à retourner dans leurs communautés. Beaucoup ont perdu leur travail ou ont été exclus de l'école, et par conséquent ont vécu dans une grande pauvreté.

L'Association pour la réintégration des victimes de la fistule, plus connu sous son acronyme français ARF-VF, offre aux survivants une formation dans des compétences génératrices de revenus, ce qui facilite leur retour chez eux.

Située à proximité du centre de traitement de la fistule, l’ARF-VF dispense des cours en tissage et en couture et donne des informations sur la gestion d'une entreprise de couture.

 «Nous leurs donnons des équipements tels que les machines à coudre et leur donnons des conseils pour leur permettre d’avoir un nouveau départ dans la vie», a déclaré le fondateur de l’ARF-VF, Abbé Benjamin Toldibaye, un prêtre catholique.

L'organisation reçoit une aide de l'UNFPA, de l'Union Africaine, de l'ambassade des États-Unis, et de la première Dame du pays. Certains articles produis par les femmes sont vendus avec l’aide d’une organisation non gouvernementale italienne qui se trouve juste à côté, confiait M. Toldibaye.

– Paul Okolo